Sur le ring
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! Aujourd’hui vont s’affronter X, candidat au poste de Directeur Commercial International, et Y, DRH de la société Z.
X, 1m80, 95 kilos, costume gris anthracite, chemise blanche, cravate bleue, diplômé d’école de commerce, 7ans ans d’expérience.
Y, 1m72, 60 kilos, costume noir, chemise blanche, cravate noir, DESS Management des Ressources Humaines, 15 ans d’expérience.
Le match va être chaud ! L’enjeu : un chiffre d’Affaires de 10 millions d’euros. Les deux hommes s’observent, s’analysent. X se concentre pour ne pas trembler devant son adversaire. Il se demande comment le convaincre qu’il est le meilleur pour ce poste. Premier upper cut de Y : “ Racontez-moi votre parcours professionnel…” X a mal. Son œil est enflé. Il sue. “ J’ai fait une école de commerce parce que… ” X s’efforce de regarder Y dans les yeux. Il raconte qu’il a obtenu un premier poste d’ingénieur d’affaires dans l’industrie automobile. Puis X envoie un crochet du gauche : “ J’ai travaillé deux ans en Angleterre en tant que Sales Manager. ” Mais Y esquive le coup : “ Oui mais quelle expertise cela apporte au poste de directeur commercial dans notre société ? ”
Ah ! X ne l’a pas vu venir. Il s’est pourtant entraîné pendant deux semaines. Il a répété devant le miroir de sa salle de bains, devant son épouse, devant son père. Quant à Y, il a conduit des milliers d’entretiens de recrutement depuis le début de sa carrière de cadre dans les RH. Il sait interpréter chaque mouvement, chaque regard, chaque clignement d’œil, chaque souffle et chaque expression du candidat. Son expérience et son savoir-faire lui permettent d’identifier les meilleurs... »
STOP ! L’entretien de recrutement n’est pas un combat !
Hélas, l’entretien de recrutement s’apparente souvent, dans l’esprit de certains, à un match de boxe voire à une grande mascarade. Le candidat a travaillé son apparence et s’est renseigné sur les postures à éviter. Il a préparé son discours en espérant qu’il correspond aux attentes de son interlocuteur. Il s’est habillé avec un soin particulier. Il n’est pas dans son état habituel : un peu tendu, concentré, sous le coup de l’émotion qu’il gère plus ou moins bien.
Quant au recruteur, il paraît parfois froid et distant ou ouvert et souriant selon son mode de recrutement. Il accomplit une tâche habituelle. Il est dans son contexte professionnel.
Leur seul point commun : chacun essaie de comprendre ce qui se cache sous le masque de l’autre. C’est la règle du jeu ou plutôt de l’enjeu. Derrière le recrutement, il y a un enjeu économique important pour l’entreprise et un enjeu de carrière primordial pour le candidat.
X va tenter de cacher qu’il veut quitter son poste parce qu’il ne supporte plus son N + 1, qui l’empêche de développer ses compétences et ses idées. Il préfère dire à Y que tout va bien dans sa société, qu’il s’entend bien avec sa hiérarchie, mais qu’il a fait le tour de son poste.
Le recruteur va le pousser dans ses retranchements pour tenter de découvrir ses failles.
Tout cela est un peu caricatural – je vous le concède. Mais la vérité n’est pas loin. J’ai pris l’exemple d’un match de boxe entre deux hommes. Le scénario et les personnages auraient pu être différents. Le processus reste à peu de choses près le même.
C’est en lisant l’article de Eric Sutter dans le webzine Focus RH que j’ai eu l’idée d’écrire ce billet. Il prône un recrutement « gagnant-gagnant » plus humaniste.
L’idéal dans un entretien de recrutement est que chacun des interlocuteurs soit au plus près de sa vérité. Je revendique le plus de transparence possible et surtout le respect mutuel entre le candidat et le recruteur.
Bien sûr, le candidat doit se renseigner sur l’entreprise, faire un effort vestimentaire et se marketer avant l’entretien. C’est une preuve de professionnalisme, surtout dans le cadre d’un poste commercial. Il ne doit pas mentir sur ses compétences et sur ses motivations.
Le recruteur doit garder une certaine réserve et un peu de distance. Il doit surtout respecter le candidat grâce à de bonnes pratiques tout au long du process - sans donner l’impression de vouloir le piéger pendant l’entretien et sans oublier de le contacter après s’il n’a finalement pas été retenu.
Selon moi, l’entretien de recrutement s’apparente davantage à une rencontre de découverte mutuelle qu’à un combat de boxe. Un brin d’idéalisme ne fait pas de mal. A bon entendeur…

