Le Yin et le Yang
Un peu de philosophie extrême orientale pour finir la semaine ? Encore mieux, parlons d’harmonie ou plutôt d’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Croyez-le ou non, il s’agit d’une problématique RH de notre époque. Et j’insiste sur les mots « de notre époque ». J’entends les mauvaises langues dire : « Encore un coup de cette satanée génération Y ! » Elles n’ont pas tout à fait tort.J’ai découvert cette très sérieuse réflexion grâce à Laura Demené, la jeune et talentueuse présidente de l’association Ressources Plus (qui regroupe tous les étudiants du Master 2 Management des Ressources Humaines de l'Institut de Gestion de Rennes - IGR-IAE). Cette association de futurs DRH organise une journée (le vendredi 14 mars 2008) sur le thème "Vie professionnelle / Vie privée : quels enjeux pour l'entreprise ?".
Ce thème est né de plusieurs réflexions sur les suicides d’employés de l’industrie automobile et sur la volonté d’améliorer la qualité de vie des salariés. Lors de la journée du 14 mars, Ressources Plus recevra des DRH et mettra en place des tables rondes sur des sujets tels que « Faut-il individualiser la gestion des RH ? Faut-il s’adapter à chaque salarié ? » ou « L’entreprise doit-elle mieux s’adapter à l’emploi du temps d’une mère de famille ? ». Lors de cette journée du 14 mars, les jeunes RH vont également parler du bien-être en entreprise ou encore de la création de crèches intra-entreprises…
Vous êtes probablement nombreux à vous rappeler de l’époque où le salarié devait se montrer dévoué corps et âme à son entreprise et surtout clamer qu’il ne compte pas ses heures. Et c’est encore le cas pour beaucoup. Mais la génération Y est là pour tout changer !
En s’intéressant à l’équilibre vie professionnelle/vie privée, l’association Ressources Plus se pose également la question : l’entreprise s’immisce-t-elle dans la vie du salarié ?
Hormis la dimension humaniste de cette thématique, la nouvelle génération de DRH sera de plus en plus confrontée à la problématique : « Comment attirer et fidéliser ses salariés » dont j’ai déjà parlé. D’autant plus que certains environnements professionnels connaissent une pénurie de candidats dans une économie globale plus compétitive. Le bien-être du salarié devient sans doute un enjeu stratégique, aussi bien à l’extérieur de l’entreprise (en s’adaptant à son emploi du temps et en proposant des crèches) qu’à l’intérieur.
Je pense particulièrement à la société américaine Google dont le siège se situe à Seattle. Vous avez peut-être déjà vu des reportages sur ce sujet. Des cafétérias, terrains de sport, piscines et des zones de détente sont mis à disposition des salariés. D’un côté, cette entreprise considère que le bien-être de leurs salariés les rendra plus compétitifs. De l’autre, Google les poussent indirectement à rester le plus longtemps possible dans ses locaux ? A vous de juger.
Quoiqu’il en soit, je trouve important de prendre soin de ses employés.
Le respect des hommes et des femmes dans l’entreprise : un enjeu ? Il était temps !

4 commentaires:
Cher Frédéric,
Une fois n'est pas coutume, vos sujets de réflexion font écho aux miens... Oui il est temps enfin que la gestion RH prenne toute sa dimension du sens littéral du terme : "humaine", "humaniste"... et non déshumanisée et dépourvue de sens comme cela est trop souvent le cas... Heureuse de voir également que le sujet préoccupe de futurs RH encore étudiants et déjà sensibilisés au sujet, bravo ! Car oui, hors dimension humaniste tout à fait louable comme vous dites car on ne peut "jouer" avec la vie d'un homme (d'une femme), il est temps en effet de comprendre tous les enjeux économiques pour les entreprises : même si l'on ne perçoit pas immédiatement les liens de cause à effet, les coûts directs et indirects peuvent devenir considérables... Il faut être aveugle pour nier les indicateurs : absentéisme croissant, salariés de plus en plus nombreux à être déclarés inaptes en partie ou en totalité, rendements en baisse, niveau de qualité défaillant, pertes de clientèle, mauvaise image, fonctionnements collectifs moins performants, accidents du travail (et parfois hausse des cotisations ATMP), incidents et conflits plus nombreux à régler entre salariés, avec la hiérarchie, les clients, voire les actions en justice coûteuses en temps et en argent, turn over grandissant, attractivité réduite, démotivation croissante... Quant aux chiffres ils sont affligeants : 300 000 salariés en dépression, 400 suicides par an pour un coût social de 900 000 millions d'euros... Donc, évoquons également les enjeux en terme de santé publique où les répercussions directes sur la santé des salariés s'imputent sur le régime de la sécurité sociale... Et l'enjeu sociétal enfin, car c'est la place du travail qui est bel et bien en jeu... Alors oui, il est temps de se remettre en cause et de se poser les bonnes questions !!
Tous ces enjeux convergent et plaident donc en faveur d'une mobilisation de tous dans une action concertée et pragmatique au cœur d’un projet stratégique, seul à même de garantir, dans la durée, la santé des salariés et la performance... et je fais partie de la génération X... comme quoi...
Bravo à vous encore une fois...
Merci Frédéric pour cet article !
Il reflète tout à fait les interrogations et les débats qui seront évoqués lors de notre Journée Ressources Plus le 14 mars 2008 à Rennes.
Equilibre vie professionnelle / vie privée : cette thématique nous concerne tous, aussi bien professionnels des RH, chefs d'entreprise, manager intermédiaires et salariés. Où s'arrête la frontière entre ces 2 sphères ?
Le débat est lancé...
Merci encore d'avoir évoqué ce thème sur votre blog.
Pour toute personne souhaitant des renseignements complémentaires sur notre journée, n'hésitez pas à me contacter : laura.demene.2@numericable.fr
Laura Demené
Très intéressant en effet ... Si ce sujet intéresse nos D.R.H de demain ... je demande à être convaincue qu'il mobilisera les décideurs d'entreprise de demain ... en tout cas il y a un indicateur assez pertinent pour faire partie d'un "tableau de bord de l'équilibre vie professionnelle - Vie privée" c'est le pourcentage de personnes en 4/5 (enfin ceux qui l'on demandé et non ceux à qui cela serait imposé ..nuance de taille !).
En effet dans mon entourage personnel je ne connais qu'un seul couple de cadres qui ait réussi à négocier ce fameux 4/5, c'est aussi un des rares couples dans mon entourage dont la vie professionnelle n'empiète pas sur la vie personnelle. La plupart des autres professionnels sont "épuisés", "débordés", "très chargés en ce moment" par leur activité professionnelle etc.
Il est important de bien "manager" sa carrière professionnelle et il l'est tout autant de manager son équilibre "vie professionnelle-vie personnell" et cela demande un certain savoir faire de part et d'autre (salarié - entreprise).
Le chantier est vaste ...est-il seulement entamé dans le monde de l'entreprise ? j'entends plutot parler en ce moment d'heures suplémentaires rémunérées ...
Les politiques de gestion des ressources humaines traversent des cycles comme tous les autres pans de la société. A la fin du XIXe et au début du siècle dernier, déjà, des initiatives bien plus élaborées ont vu le jour. Il s'agit de construire de toutes pièces des villages dans lesquels les industriels proposent, en sus du logement, une bonne partie des services nécessaires à la vie quotidienne, depuis le magasin d'alimentation jusqu'à l'école dans certains cas. Véritable communauté autarcique, ces démarches ont fait l'objet de vives critiques sur l'abolition de la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Nous étions alors au sommet du management patriarcal.
A une époque qui s'éveille peu à peu à l'économie durable, il n'est donc pas étonnant de voir réapparaitre sous de nouvelles formes, ce type de démarche. Les entreprises, comme les citoyens apprennent lentement qu'aucune ressource est inépuisable et le vocable gestion reprend tout son sens lorsqu'il s'associe aux ressources humaines. Je me souviens encore d'un livre d'ergonomie, lorsque je suivais mes cours du CNAM, dont le titre parlait de ne pas perdre sa vie à la gagner. Ce n'est pas si vieux .... Avec l'introduction des nouvelles technologies, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est de plus en plus floue. Nous sommes, au travers du téléphone portable, des liaisons internet à haut débit, de la 3G, potentiellement joignable sur une bonne partie de la planète et apte à travailler hors de l'entreprise. Bonne ou mauvaise chose, ce déferlement de technologie est irréversible, alors autant l'accompagner. Que l'entreprise essaie d'en tirer partie pour obtenir plus de ses salariés est somme toute logique, car n'oublions pas que son objectif principal est de faire des profits. Alors X ou Y, nous devons nous assurer d'y trouver notre compte. Et là c'est à chacun de trouver midi à sa porte. Si la pénurie de compétence nous donne un coup de pouce, c'est tant mieux, mais il faut raison garder. Depuis les années 90, les entreprises ont profité d'une conjoncture qui leur était favorable et nous sommes passés, la crise de la représentativité syndicale aidant, d'un droit du travail collectif à un droit du travail individuel. En réaction, la génération Y est arrivée et lesdites entreprises se plaignent de l'état d'esprit de ces mercenaires qui les soumettent au régime libéral de la loi du marché. L'arroseur arrosé en somme. Qu'il y ait un rééquilabrage des forces me parait salutaire, mais évitons de tomber dans l'excès et son inévitable retour de bâton. La marge de manoeuvre des entreprises réclame aussi une économie durable.
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