La Méthode
Je vais vous parler d’un film hispano-italo-argentin, El método – La Méthode en Français. Les mauvaises langues pensent que je passe plus de temps à regarder des DVD et des séries télé qu’à travailler. Elles ont tort. En regardant ce film, je me suis documenté pour mon métier. Eh oui, c’est important de se tenir informé !
La Méthode est tout d’abord un excellent film. Il concerne le monde parfois obscur du recrutement et du management. Sept cadres ambitieux sont convoqués à la dernière session de recrutement d’une société multinationale, Dekia. Cette dernière utilise une soi-disant méthode de sélection, qui s’appelle Grönholm, pour identifier le « meilleur ». Les sept candidats ont chacun affaire à un écran d’ordinateur qui les prévient qu’un psychologue de Dekia se cache parmi eux. C’est le début de la méthode…
Bienvenue dans l’univers de la paranoïa scientifiquement organisée ! Ce film montre le climat de paranoïa et de tensions qui peut régner lors d’une session de recrutement où les candidats doivent eux-mêmes choisir qui ils vont éliminer un à un. Bien sûr, la multinationale va les aider sans piper. Quand l’écran d’un candidat s’éteint, ça signifie qu’il doit partir. Une sorte de loft story professionnel en plus glauque.
Ce film est aussi bon que la méthode est mauvaise, pour ne pas dire inhumaine. Le culte du meilleur se transforme en culte de la terreur. Le pire, c’est que tous les candidats jouent le jeu et acceptent d’être humiliés dans le but d’obtenir ce fameux poste. Coups bas, orgueil, machisme, fourberies, traîtrises, mensonges, manipulations, délation, les plus vils instincts de l’homo sapiens sapiens s’expriment dans ce film.
Mais je vous rassure, la Méthode est une œuvre de fiction. La méthode Grönholm existe encore moins… ouf ! C’est un peu comme l’histoire du loup pour faire peur aux enfants – sauf que, dans ce film, il s’agit de faire peur aux cadres qui sont à l’écoute du marché.
Si certains d’entre vous ont vécu des sessions de recrutement un peu étranges, n’hésitez pas à le raconter dans les commentaires de ce billet.
En tant que professionnel du recrutement, je ne comprends pas qu’une entreprise ne respecte pas ses candidats en leur imposant une méthode sans éthique. Le recrutement est la vitrine d’une entreprise. Si elle met en application une telle méthode, ça laisse présager un mode de management identique. Bonjour l’ambiance !
Je n’ai qu’une chose à dire aux candidats : si vous n’êtes pas d’accord avec une méthode de recrutement, ne la subissez pas. Dites au revoir poliment et quittez la salle.
L’entreprise peut facilement devenir une jungle où les hommes s’entredéchirent pour assouvir leur soif de pouvoir. Il existe d’autres moyens pour développer les performances des collaborateurs d’une société. C’est une volonté qui doit venir des managers. On peut entretenir la compétitivité sans agressivité dans un climat sain. Beaucoup de sociétés l’ont compris depuis longtemps. L’ère du management par la terreur est révolue ! Les résistants de cette ère n’ont qu’à bien se tenir. La génération Y ne se laissera pas faire (si quelques membres de la génération X pouvaient se joindre à nous, je me sentirais moins seul).
Bien que certains recruteurs commettent parfois des maladresses, nous vivons à l’ère du marketing RH. Les premières pénuries de candidats se faisant sentir dans certains secteurs, beaucoup d’entreprises réfléchissent aux meilleurs moyens d’attirer et de fidéliser les candidats. Ce n’est donc pas dans leur intérêt d’utiliser des méthodes qui donneraient une image employeur négative. Quoique… certains groupes jouissent d’une telle image de marque qu’ils estiment encore que c’est aux candidats de faire des efforts et d’accepter de se soumettre à des épreuves de recrutement difficiles.
Patience. Les mentalités changent… lentement. Faites un peu de bruit pour qu’elles ne s’endorment pas.

7 commentaires:
Bonjour
Je suis tout à fait d'accord. Je pense que le mode de recrutement est symptomatique du mode de management d'une société. Je suis donc tout particulièrement attentive à toutes les infos que je peux recueillir pendant cette phase.
J'ai eu l'occasion de le vérifier. Après avoir rencontré le dirigeant d'une société au cours d'un premier épisode de recrutement, j'étais partie en courant. 18 mois plus tard, je suis tout de même rentrée dans cette société, mais dans une filiale. Je croisais de loin le dirigeant en question et j'ai maintes fois pu vérifier que mon intuition ne m'avait pas trompée. Je n'aurais pas tenu 3 mois si j'avais travaillé sous ses ordres.
Bonjour,
Il est toujours rassurant de lire des consultants en RH prôner encore la compétitivité dans une ambiance saine.
J'ai connu dans les années 90 des recrutements chez Unilever ou Mercury Urval du même style, un peu plus soft heureusement.
Entre le test de groupe éliminatoire, où il fallait rappeler une heure plus tard pour savoir si l'on était retenu ou pas, et les méthodes agressives de questionnement, pour tester la stabilité du candidat, il était moins facile à l'époque de se lever poliment pour se diriger vers la sortie.
Entre temps, j'ai passé une bonne partie de mon expérience professionnelle en milieu anglo-saxon, et j'ai pu enfin goûter aux joies de la saine compétitivité.
L'agressivité dont vous parlez est, je trouve, symptomatique de la culture française en milieu professionnel.
Lorsque Renault et Volvo ont constaté l'échec de leur fusion, une simple analyse des relations de travail aurait mis au jour l'opposition des comportements professionnels. Tandis que les suédois cultivaient leur sens du consensus, les français cherchaient à imposer (s'imposer?) leur points de vue. Résultat, les français trouvaient les suédois 'mous' ("ils ne disent pas un mot en réunion"), tandis que les suédois étaient attérés par les joutes oratoires de leurs nouveaux collègues, proférées dans une langue de Shakespeare quelque peu malmenée...
Je pense qu'il faut simplement aller là où la culture d'entreprise correspond à son mode de fonctionnement.
Quant à moi, je suis toujours professionnellement pro-anglo-saxon, mais je garde espoir des trouver des entreprises hexagonales capables de se doter d'un management humaniste d'avenir.
Christopher
Je n'apporte rien au sujet, mais (une fois de plus) je voulais te dire Frédéric à quel point j'adore tes articles. Continue à nous faire reflechir sur ton métiers et ses méthodes.
Arnaud Michel
... toujours intéressée également... je fais encore une fois référence à votre post...
http://slauro.blog.pacajob.com/index.php/post/2007/12/04/Prevention-des-discriminations-a-lembauche
Bien à vous
Sylve
Agressivité, compétitivité... Je me permets un commentaire un peu décalé: sans doute le monde de l'entreprise gagnerait-il à aller voir une fois encore du coté du management sportif.
En discutant avec M.Sicard, alors entraineur de l'équipe de France d'épée masculine, j'ai été frappée par la simplicité de son approche managériale.
Son double statut d'entraineur/ sélectionneur n'allait en effet pas sans poser certains problèmes: il comptaient dans ses rangs une dizaine d'épéistes dont la grande majorité était également potentiellement les meilleurs mondiaux. Dans ce contexte, comment les amener individuellement à s'investir au maximum, sachant que cela risquait de faire progresser un adversaire potentiel dans la course à la sélection?
La réponse du maitre en gestion humaine était simplissime: c'est en étant le plus honete et le plus clair possible que cela se fait naturellement. En d'autres termes, plus le manager est congruent, et meilleurs sont les résultats, l'investissement, la compétitivité, et que sais-je d'autre encore!
La congruence donc, nous y reviendrons...
si vous n’êtes pas d’accord avec une méthode de recrutement, ne la subissez pas. Dites au revoir poliment et quittez la salle.
exactement, déjà fait : pourquoi poursuivre lorsque vous comprenez que vous ne vous plairez pas dans cette entreprise ?
Ha mon avis cela commence même avant l'entretien il suffit de voir les mails reçu du genre merci de me renvoyer votre Cv en Word sans autre forme d'explication, ou même des appels tardifs à 23h pour un recrutement. On à même pas fait l'entretien que pour moi y a déjà un problème. De même lors d'un entretien il m'est arrivé de ne pas avoir eu la moindre formule de politesse, d'avoir un interlocuteur qui passe ça vis à répondre au téléphone. Bref je ne suis évidement pas pour la méthode "Grönholm" :) mais certaines fois un peu de méthode ne ferais pas de mal :)
Gilles
PS : c'est toujours avec grand plaisir que je lis vos articles. CONTINUEZ :)
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