vendredi 16 novembre 2007

Clara Morgane

Je vous rassure je suis toujours un humble consultant RH. Je n’ai pas récemment recruté Clara Morgane pour un film… spécial. Mais je n’ai pas trouvé de meilleur titre pour attirer votre attention sur la 11ème semaine pour l’emploi des personnes handicapées du 12 au 18 novembre 2007. Les grèves font actuellement la une des médias au détriment de cette thématique majeure dans notre société.


« Pourquoi Clara Morgane alors ? » me direz-vous. Eh bien elle a participé à un épisode de la série de Canal Plus, Brother & Brother, qui parle avec cynisme et impertinence du monde impitoyable de Dallas… oups ! Pardon… du monde impitoyable de l’entreprise.


Dans cet épisode, Brother & Brother vient de signer un accord international pour promouvoir l’embauche des travailleurs handicapés. L’équipe de cadres de Brother & Brother attend une collaboratrice handicapée. Tous les clichés possibles et imaginables fusent : fauteuil roulant, Téléthon, changer les couches, débiles mentaux, mongol, plantes vertes... Mais quand arrive une sublime créature en la personne de Clara Morgane, ils sont tous béats. Et lorsqu’ils lui disent attendre une personne handicapée, elle leur rétorque que c’est elle. Ils lui demandent où est son fauteuil. Elle répond qu’elle n’en a pas besoin : elle est sourde d’une oreille.




L’ironie de cette série permet de se moquer de tous les clichés liés au handicap chez les «ignorants valides ». Elle a le mérite de mettre le doigt sur un point important : 80% des handicaps ne sont pas visibles et 90% des travailleurs handicapés n’ont pas besoin d’aménagement de leur poste (chiffres données par le site Hanploi.com pour 2006). Les handicaps suivants ne sont pas forcément visibles : diabète, surdité, dépression, certaines allergies, maladie génétique, etc. Mais le commun des mortels voit la personne handicapée avec une canne, un fauteuil roulant, un déambulateur, etc. Il se peut même que vous travailliez sans le savoir avec une personne reconnue travailleur handicapé par la CDAPH (anciennement COTOREP).


Pendant de nombreuses années, les entreprises ont globalement eu du mal à intégrer des salariés handicapés dans leurs équipes. Ce phénomène est lié à plusieurs facteurs. Il existe une appréhension du handicap en tant que grand inconnu. Et puis il y a des a priori quant aux compétences des personnes handicapées.
Petit rappel : la loi du 10 juillet 1987 oblige tout employeur du secteur privé et tout établissement public à caractère industriel et commercial occupant 20 salariés ou plus, à employer, dans une proportion de 6 % de son effectif salarié, des travailleurs handicapés.


Les entreprises ont longtemps préféré payer des amendes (jugées moins contraignantes que la mise en œuvre d’une politique d’intégration de travailleurs handicapés). Mais depuis la loi du 11 février 2005, les contraintes des entreprises ont été renforcées. Leurs amendes ont augmenté de manière significative.


Aujourd’hui, les entreprises doivent impérativement appréhender l’intégration des travailleurs handicapés avec une grande attention. Elles doivent négocier des accords avec l’AGEFIPH de leur région pour favoriser cela.


Il faut surtout accompagner les managers et les équipes dans cette voie. Certains de mes clients me disent que les travailleurs handicapés qu’ils ont intégrés instaurent une bonne ambiance, plus de solidarité et de sens collectif dans leur équipe. C’est agréable d’avoir des retours positifs, non ?!


Pour revenir à cette semaine pour l’emploi des personnes handicapées, je vous invite à cliquer sur ce lien de l’ADAPT : www.semaine-emploi-handicap.com/


Finalement, le commun des mortels ne s’intéresse pas beaucoup à cette réalité. C’est pour ça que je suis obligé de parler d’une femme sexy et d’une série télé pour attirer l’attention de certains sur le sujet du handicap. Je promets qu’un jour j’appellerai un billet de mon blog Rocco Siffredi par souci de parité.




En ce qui concerne Séverine, la candidate que j’ai « vendue » dans un billet de mon blog, elle a obtenu un 2ème entretien pour le poste dont je vous avais parlé. Nous connaîtrons la suite de l’histoire dans un mois.

7 commentaires:

Sylve Isis a dit…

Cher Frédéric,
J'ai découvert l'année dernière la saison 1 de Brother & Brother... Nous connaissions tous en effet "caméra café" qui dressait un portrait de l'entreprise qui n'était pas triste non plus, avec une multitude de personnages évoluant autour d'un "Jean Claude Convenant chaud lapin" et d'un Bruno Solo dans le rôle du syndiqué faux derch et benêt à souhait... Toutefois, on pardonnait leurs écarts autour d'un moment de convivialité, en l'occurence la pause café, dans un milieu coloré et ma foi, assez "gentillet" dans l'ensemble...
La série de Canal va plus loin : décors aseptisés gris ou noir faisant froid dans le dos, personnages tout aussi noirs évoluant dans le caustique, le cynisme le plus absolu, avec des cadrages en gros plan, ne donnant aucune envie de convivialité avec ce type de personnes ! Et quels messages cependant !! Tout y passe : place des femmes dans l'entreprise, racisme, harcèlement, suicide, recrutement, discriminations en tout genre... Je me souviens particulièrement d’un épisode sur les « CV anonymes » ou encore sur « le suicide au travail ». Dans ce dernier, les collègues de travail chronomètrent le temps mis par l’employé pour se suicider afin d’établir un nouveau record !! Ambiance glauque à souhait mais si on y regarde de plus près pas très loin de la réalité… Cette série va en effet très loin mais pose de vraies questions, tu parles d’ « ignorants valides » concernant le handicap, que dire de certaines personnes pratiquant la discrimination à souhait y compris envers les valides et qui, sous bonne conscience, bien sûr, donnent leur sang et participent chaque année au Téléthon !? Le sujet est sans fin et cette série a de quoi puiser à l’infini dans le quotidien du monde du travail… Malheureusement dirai-je… Entièrement d’accord donc pour accompagner les équipes et les managers dans le sens de la solidarité et du collectif…
A découvrir dans ce sens sur le site de la HALDE (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et l’Egalité) les modules d’e learning très instructifs destinés à promouvoir l’égalité en entreprise et au quotidien http://www.halde.fr/
Voir également mon post sur le handicap du 7 novembre dernier avec un test mis en ligne par l’ADAPT pour voir si vous êtes handitolérants…
Allez on se remet toutes et tous en cause et on avance !!

véronique humbert a dit…

Bonsoir Frédéric,
Bien qu'adepte comme vous le savez de vos "mots", là j'avoue être sceptique... Est ce que présenter le handicap comme quelque chose de potentiellent non visible (diabète, surdité, dépression, certaines allergies, maladie génétique...,)même dans le bur avouer d'attirer l'attention et l'intérêt est une une bonne idée?
Le débat est ouvert.

véronique humbert a dit…

désolée pour les fautes de frappe...

Le blog de Frederic Makhlouf a dit…

Véronique,

Vous lancez une réflexion intéressante.

Le handicap est un sujet vaste.
Il est évident qu'on ne peut pas le réduire au handicap non visible. Ce n'était pas mon intention.

Je suis simplement parti d'un thème du handicap traité dans la série Brother & Brother(80% des handicaps ne sont pas visibles).

Il y a tellement de choses à dire sur l'emploi des personnes handicapées. Je traiterai plusieurs aspects de cette problématique dans d'autres billets.

Merci à vous de lancer le débat !

emmanuel balland a dit…

Bonjour Fréderic,

Disons que cette démarche pose deux questions fondamentales :


- la surenchère

Le risque inhérent à cette médiatisation bien pensée, car elle attire le regard des indifférents, relève de l'anesthésie qu'elle entraine. En effet, inéluctablement, la société va devoir en faire toujours plus pour mettre en lumière des sujets sur lesquels nos mentalités doivent évoluer. On le voit au travers des campagnes contre le tabagisme et l'accidentologie routière. Depuis 20 ans, les campagnes sont de plus en plus dures avec des images à la crudité caractérisée. Certes, le message est passé, car nul n'ignore que le tabac et les accidents de la route tuent des milliers de personnes tous les ans. Néanmoins, les comportements ont du mal à changer. J'en veux pour preuve la surenchère des mesures coercitives qui fleurissent autour des excès de vitesse. Loin de moi l'idée de cautionner la conduite des chauffards, mais on peut s'interroger sur cette dérive qui amène à condamner plus sévèrement un excès de vitesse qu'une attaque à main armée.... Serais-je moi aussi en train de tomber dans la surenchère au travers de cette légère exagération ? Bigre....

- la simplification

Pour que le message soit clair et rapidement compris, les médias ont une tendance caractérisée à simplifier. Est-ce un mal nécessaire ? Je l'ignore. Toutefois, l'insertion des personnes différentes est plus complexe qu'il n'y parait. Elles ne sont pas toute sourde d'une oreille et aussi sexy que Clara Morgane ! Nous sommes dans la même problématique que celle de la discrimination dans les CVs. Ce sont les fondements mêmes de la psyché humaine qui entrent en jeu. Nos peurs, nos représentations conditionnent nos réactions bien malgré nous. Et là encore, il faut agir au niveau de l'éducation si nous voulons obtenir une évolution durable de notre regard face à la différence.

Cette évolution en profondeur de notre société s'étalera probablement sur plusieurs générations et induit de se questionner sur ce qu'il faut faire en attendant. Le bon sens commun dit qu'il faut vivre avec son temps. Et j'en suis convaincu. Bien sûr la discrimination positive, la surmédiatisation portent en eux leurs lots d'inconvénients. Notamment, qu'un événement n'existe, pour une grande part de la communauté humaine, qu'à la condition de « passer » à la télévision. Bonne ou mauvaise chose, c'est une réalité et il est difficile pour le moment d'aller contre. Le pragmatisme nous commande d'accompagner le mouvement et de tenter d'en limiter les excès. N'est-ce pas ce que nous tenons de faire au travers de ce blog ?

Docteur Peuplu a dit…

Je ne connaissais pas cette série.

Très sympa la fin... :) Ça me fait penser aux pubs de la SST Québec sur la dépression au travail. ^^

Véronique a dit…

Excellent billet! J'avoue avoir plus d'une fois songé à utiliser une pulpeuse créature pour motiver l'intérêt sur le sujet! Handicap visible ou invisible, peu importe si j'ose dire dans cette problématique du recrutement; il faut effectivement en parler et en donner différents aspects.
J'ajoute sur la liste des "handicaps invisibles", celui du traumatisme crânien.
Merci.