vendredi 12 octobre 2007

Tripalium

Le tripalium n’est ni un dérivé du Valium ni une marque de dentifrice. Ce mot latin me traverse parfois l’esprit. Il s’agit en fait d’une réminiscence de mon épreuve de philosophie du bac. J’ai planché, comme certains d'entre vous, sur le travail. Vaste sujet qui intéresse tout le monde… sauf les rentiers évidemment !

Le mot travail vient du latin tripalium qui serait un instrument de torture. Le travail a longtemps été considéré comme une souffrance et comme un asservissement. Le farniente était alors le privilège des aristocrates.

Dans notre société contemporaine, le travail occupe une place majeure, tant au niveau vital que social. Lors d’un dîner en ville, la première question qu’on vous pose est : « Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? ». Le travail nous permet d’exister socialement. Certains revendiquent leur épanouissement personnel au travail et sont fiers d’annoncer leur métier et leur statut. Même les aristocrates s’y sont mis. Stéphane Bern me le confirmait encore hier.

La question du travail est omniprésente dans nos esprits. Sartre a dit : « L’existence précède l’essence. » Je lui réponds : « Le travail précède l’existence. Sans lui, on ne peut pas acheter d’essence. » Trêve de philosophie !

Mon métier de consultant RH, mon blog et ma présence sur le web me permettent de multiplier les contacts. Je reçois de nombreux e-mails de personnes me demandant des conseils pour se repositionner sur le marché. Cadres, non cadres, tout le monde aspire au job idéal dans l’entreprise idéale avec le salaire idéal. Hélas, le job idéal n’existe pas plus que n’existe le candidat idéal. Bienvenue dans la réalité !

Je vous rassure. Certaines personnes s’éclatent dans leur travail. Elles y trouvent un moyen d’expression et de développement de leurs compétences. Leur travail peut être une passion.

Mais certaines personnes n’ont ni cette chance ni cette perception du monde du travail. Ce dernier leur paraît généralement stressant et anxiogène. Les rapports de force atteignent leur paroxysme. La pression des objectifs et du chiffre d’affaires offre des nuits de tourmente. On a beau aimer son travail, personne n’échappe au stress. Le dernier numéro du magazine Management (n° 146, octobre 2007) s’est construit autour de la thématique de la gestion du stress.

Les questions liées au travail, au management et aux carrières sont omniprésentes dans les médias et dans l’esprit des gens. C’est normal. Le travail occupe au moins un tiers de notre existence. Vous avez le droit de vouloir un emploi qui vous offre un bon salaire, des bonnes conditions, une liberté d’exprimer son talent, des perspectives d’évolution et une certaine marge de manœuvre. Quand on n’est pas bien dans sa société, il faut chercher un autre travail ou faire un bilan de compétences et des formations pour se repositionner sur le marché – des consultants RH et des coachs sont à votre disposition pour ça.

Je vais vous faire une confidence quelque peu saugrenue de la part d’un professionnel des RH : vous n’avez pas à subir votre travail ou votre absence de travail dans la torture. De multiples solutions existent. Le marché du recrutement est dynamique malgré quelques signes de crise. Les jeunes diplômés ont la cote sur le marché. Le taux de chômage des cadres est très bas. Restez à l’écoute du marché ! Le DIF vous permet de développer vos compétences. Prenez du recul par rapport à votre situation. Soyez prêts à vous remettre en cause si nécessaire. Mais surtout croyez en votre potentiel.

Tout est question d’interprétation.

Quelques mots sur mon dernier billet : Je n’ai pas encore eu de contacts intéressants pour Séverine. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot. Je vous tiens au courant de la suite.

4 commentaires:

Sylve a dit…

Bonjour Frédéric,
Merci pour ce beau billet tinté tout de même d'optimisme... Vous avez consulté mon blog (http://slauro.blog.pacajob.com), vous savez donc que le sujet m'intéresse vivement... Je confirme : mon job a toujours été pour moi une passion (oui, je sais je faisais un peu figure d'extraterrestre !)... Pourtant soumise comme tant d'autres aux aléas du stress et autres turpitudes... Remise en cause, prise de recul et marche en avant de rigueur... J'ai opté pour l'option "je change de travail" afin que le tripalium ne soit plus effectivement une souffrance... Certes le job idéal n'existe pas toutefois les risques psychosociaux sont une réalité qui mettent en souffrance de nombreux salariés ainsi que leur famille... Dans ce sens, des outils et des moyens existent, mal exploités certes, peut-être non adaptés, d'autres encore à créer ou à construire... Sans démagogie aucune les RH de votre acabit sont rares... Chapeau bas...
Bien à vous
Sylve

Xavier BERNARD a dit…

je vous apporterai comme réflexion la responsabilité du travailleur dans sa souffrance.
le verbe travailler est un verbe transitif : le travailleur est, en fait, le tortionnaire. Il exerce une contrainte sur la matière qu'il travaille, comme le policier brutal qui "travaille" le suspect...

Alors ma première réflexion serait d'être en accord avec nos actions sur notre environnement,
ce n'est pas ma faute,
CE N'EST PAS MA FAUTE !!!
BLA BLA LBA

Assumons les conséquences de nos actions et de nos actes de façon tolérante et sans jugement de valeurs.
Vivre c'est acter et modifier l'existant.
Je suis responsable de mes actes, Je peux changer de mondes et fuir toujours et toujours
ou
Je peux modifier "MOI" pour changer "mon" monde.

isisblake a dit…

Je suis d'accord avec vous pour situer la responsabilité du travailleur dans sa souffrance... Toutefois, il est très réducteur de rapporter cette souffrance uniquement à sa part de responsabilité (ne pas avoir assez d'autorité, ne pas savoir se protéger etc... etc...), cependant que peut-il faire face à des relations destructrices si ce n'est la fuite ? Ces personnels en souffrance sont justement des personnes capables de remise en cause et de prise de recul vis à vis des événements et sont, contrairement à ce que vous pensez pour une grande majorité des personnes tolérantes et ouvertes (trop sans doute !!)... Si changer "moi" pour changer "mon" monde suffisait cela se saurait ! Et malheureusement pour le monde du travail, tout un chacun ne se positionne pas dans cette dynamique structurante ! Il ne s'agit justement pas de tomber dans le piège qui consiste trop souvent à victimiser les uns ou à culpabiliser les autres mais bel et bien de travailler sur une approche collective, sur l'organisation et sur le management...
Bien cordialement à vous...

Emmanuel Balland a dit…

Le travail vecteur d'aliénation ou d'épanouissement personnel ?

Aliénant, il l'est. Surtout lorsque l'on se penche sur les méthodes d'organisation du travail développées tout au long du 19ème et 20ème siècle qui n'ont eu de cesse de fragmenter les processus complexes en tâches élémentaires. Certes beaucoup sont revenus de ces pratiques extrêmes telles qu’elles sont décrites par Robert LINHARDT dans son livre témoignage « l’établi ». Néanmoins si l’industrie revient lentement sur cette vision de l’homme au travail, il est étonnant de voir débarquer ce phénomène dans le tertiaire !
D’autres sujets tels que le harcèlement moral complète le discours dominant sur le stress lié au travail.
Le non-travail l’est tout autant. Les trente glorieuses ont vu naitre l’utopie du plein emploi. Depuis être sans est devenu une « tare ». Le travail, comme nos origines, a toujours participé de manière privilégiée au lien social. Pour une grande part d’entre nous, l’origine de nos noms est liée au métier qu’exerçaient nos ancêtres. Seulement, il a pris le dessus sur tous les autres critères dans notre société moderne en surinvestissant son rôle d’intégrateur dans une société plurielle fondée sur l’avoir.

Epanouissant, il l’est. Toute activité humaine qui contribue à donner du sens à l’existence remplit cette fonction. Ledit sens est effectivement relié aux représentations de chacun sur ce qu’il est, ce qu’il imagine être, ses aspirations, ses rêves… Et c’est là que le bât blesse, au sens propre comme au sens figuré. Fréderic, vous nous dites : « bienvenue dans la réalité ». Bien sûr, vous avez mille fois raison. Toutefois, il faut garder à l’esprit que cette dernière est le fruit d’une construction mentale propre à chacun et n’a donc d’existence que dans notre tête. En fonction de notre construction, fruit de notre histoire, nous trouverons le verre à moitié plein ou à moitié vide indépendamment du contexte où nous évoluons et sur lequel nous influons peu.

Finalement pour que le tripalium nous apporte la délivrance (c’est à l’origine un système a trois pieux utiliser par les éleveurs pour aider à la délivrance des animaux) tant désiré, il est nécessaire d’apprendre avnat tout à être.