Je suis venu te dire que je m’en vais
Ma journée vient de s’achever. J’ai conduit une dizaine d’entretiens de recrutement. J’ai rencontré des candidats sûrs d’eux, d’autres moins, des gens différents. J’ai passé ma journée à les écouter et à les analyser…
Je vous rassure. Je ne me lasse toujours pas de cet aspect majeur de mon métier. Mais la mélodie de Serge Gainsbourg me trotte dans la tête. Pourquoi ?!
Je pense à toutes les questions que j’ai posées sur les raisons des départs, des démissions, des licenciements et des ruptures de contrats des candidats.
Chaque fois que je demande à un candidat de m’expliquer pourquoi il a quitté son dernier poste, je vois une lueur de terreur dans son regard.
Le (ou la) candidat(e) bégaie un peu. Ses yeux me fuient. Il cherche une issue de secours. Il est embarrassé. Il donne l’impression de porter un fardeau de mille tonnes. J’ai alors envie de poser mes mains sur ses épaules et de lui dire : « Ce n’est pas grave. Ca arrive à tout le monde de quitter son entreprise parce que ça ne fonctionne plus ou d’être licencié pour X raisons. »
Je suis parfois surpris de voir les candidats réagir comme si j’étais le tribunal de l’inquisition personnifié. Je vous jure que je n’ai jamais brûlé la moindre sorcière – éventuellement une cuisse de poulet ou une merguez lors d’un barbecue. C’est normal de poser ces questions lors d’un entretien de recrutement.
Je peux comprendre que certains candidats soient intimidés par mon humble personne (J’ai tellement de charme. Ah Ah !) Ils craignent de commettre un impair, de ne pas dire ce que veut entendre leur interlocuteur. Ils font peut-être fausse route. Je reste intimement convaincu qu’ils doivent rester eux-mêmes.
Si je peux donner un petit conseil aux candidats : énoncez clairement les raisons de votre départ ou rupture de contrat. Surtout si ces raisons sont simples. Vous avez quitté votre dernier poste fâché avec votre N +1 ? Expliquez sans hésiter les raisons. Comme je le disais dans mon billet du 6 septembre, les recruteurs vérifient les références des candidats auprès de leurs ex-employeurs. Si ces derniers sont professionnels, ils reconnaîtront vos qualités et vos défauts. S’ils ne le sont pas, le recruteur fera la part des choses.
J’entends déjà les voix de ceux qui disent que la réalité est souvent différente. Ils ont raison
Un recruteur professionnel peut comprendre des erreurs de parcours – à condition que le candidat le reconnaisse. Par exemple, un candidat pour un poste d’attaché commercial a reconnu s’être trompé en choisissant de vendre du matériel médical de très haute technologie. J’ai ainsi compris qu’il pouvait être un bon commercial pour vendre des produits moins complexes (comme il l’avait fait pendant 8 ans, avant cette expérience hasardeuse).
Revenons à l’attitude du candidat. Le fait qu’il panique pour m’expliquer la raison de sa rupture de contrat ou de licenciement peut semer le trouble dans mon esprit du recruteur. Comme je suis professionnel, je suis obligé de creuser. Mais je dois reconnaître qu’il est quelquefois difficile de se détacher de ce doute.
J’ai l’habitude de mettre les candidats à l’aise avant l’entretien. Parce qu’il existe une réalité de mon métier : les candidats qualifiés et compétents dans certains domaines sont rares. Ca m’arrangerait que la personne en face de moi soit la « bonne personne ». Tous les recruteurs rêvent de trouver le candidat espéré dès le 1er entretien. Alors détendez-vous. Ce n’est qu’un entretien de recrutement. Vous en aurez d’autres. Plus vous en ferez, plus vous serez à l’aise.

3 commentaires:
Toujours aussi bon Frédéric. Merci pour le style, frais et raffraichissant, et merci pour les jeunes à qui tes conseils, prodigués avec pédagogie et humour, seront nécessairement d'une grande utilité.
Alain DERIANE
Nous évoluons dans une société qui cultive avec la malice nos contradictions, culture exacerbée de l'image et quête de son moi profond.
Pour vous convaincre, si tant est qu'il en soit nécessaire, il vous suffit d'observer rétrospectivement le positionnement commun, au-delà de leur éloignement idéologique, aux deux candidats présents au deuxième tour des élections présidentielles. Tous deux évoluent dans le même champ sémantique, celui de l'agir. L'agir remplace peu à peu le faire. C'est le monde de l'immédiateté, un espace-temps qui privilégie la forme, l'image, l'apparence au détriment du fond. Il devient alors plus important, voire essentiel, de dire ce que l'on fait en lieu et place de faire ce que l'on dit. Nous devenons chaque jour un peu plus téléspectateurs, plutôt qu'acteur, de la vie. L'explosion de notre consommation d'images (télévision, presse people) au dépend de l'écrit, du faire, de notre culte à l'image de notre corps (chirurgie esthétique, appareils de musculation sans effort) sont des déclinaisons de cette primauté de l'apparence.
Dans le même temps, le thème du développement personnel envahit notre quotidien. Les rayons de nos libraires regorgent d'ouvrages et de revues sur le sujet. Les offres de stages, cours et formations diverses pullulent sur tous les médias. Chacun à sa manière vous dit qu'il est temps de cesser d'avoir l'air pour être soi et réaliser le potentiel qui sommeille en nous.
Paradoxal, ne trouvez-vous pas ?
Vos candidats, Frederic, synthétisent ce paradoxe. Dans un monde du travail, intolérant aux erreurs de parcours, en recherche permanente de héros sans faille, il ne fait pas bon faire état de ses errements. Dun autre côté, en parler, les accepter, les assumer induit une bonne estime de soi, une confiance dans sa capacité à rebondir dans l'adversité, peu courante. Cette dernière requiert le courage et l'humilité nécessaire à l'acceptation d'être toujours individuellement responsable, pour partie, de ce qui nous arrive. Deux qualités faiblement encouragées au pays de « l'habit fait le moine ». D'autre part, ce travail sur soi réclame un temps qu'une société de l'instantanéité, où l'exigence de résultat immédiat est la règle, vous accorde rarement.
Il nous faut donc redoubler d'efforts, pour conserver un regard bienveillant, face à ses hommes et ses femmes qui portent comme ils le peuvent leur histoire et agissent certes maladroitement, mais sans malice. Leur montrer aussi qu'il existe une d'autres voies, qu'il ne tient qu'à eux de prendre leur destin en main, de devenir acteur et non spectateur de leur vie.
Voilà ce qu'il faut afficher dans la salle d'attente...
Ceci dit le stress ne peut il être atténué par une investigation en sandwitch: d'abord faire exposer un fait qui donne confiance, avant d'explorer le contexte de la rupture, puis reprendre sur un événement valorisant de la période..?
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